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Où sont les matériaux locaux ?

Publiée le vendredi 11 mai 2012


Construire un logement ou un bâtiment public avec des matériaux importés n’est pas aisé parce qu’ils coûtent cher. Leur coût élevé est également un obstacle à la mise en œuvre de la politique gouvernementale de multiplication des logements sociaux (à coûts modérés), compte tenu du faible pouvoir d’achat de la majorité des Camerounais. En outre, l’utilisation des matériaux importés fait sortir d’importantes devises dont le pays a besoin et contribue à déséquilibrer davantage la balance commerciale déjà déficitaire même dans son volet concernant les matériaux de construction, avec son corollaire qui est d’entretenir la dépendance du Cameroun vis-à-vis de l’extérieur. C’est pour inverser cette tendance que le chef de l’Etat a créé en 1990 la Mission de promotion des matériaux locaux (Mipromalo) dont le but est notamment de valoriser l’emploi des matériaux fabriqués localement en vue de réduire les coûts de réalisation des équipements nationaux. Par matériaux locaux, il faut comprendre, d’après Uphie Chinje Melo, directeur de la Mipromalo, les matériaux dont la fabrication intègre au moins 70% de la matière première prélevée dans notre environnement.

Mais, en dépit de l’abondante disponibilité de ces matières premières (argile pour produire des briques cuites, pierres de taille, terre latéritique pour fabriquer des blocs de terre comprimée, sable de granulométrie et autres agrégats pour tuiles en micro béton et carreaux en granulats ciment, bois aux essences variées, etc.), force est de reconnaître que plusieurs années après l’avènement de la Mipromalo, les résultats sont largement en deçà des attentes, en dehors de quelques cas isolés.

Pour remédier à cette situation, une circulaire du Premier ministre, chef du gouvernement, signée le 12 mars 2007, demandait instamment aux maîtres d’ouvrage et maîtres d’ouvrage délégués « de veiller à ce que la construction des bâtiments publics jusqu’à R+1 soit désormais faite en matériaux locaux ». Lesquels doivent être disponibles et produits localement, poursuit le document, qui ajoute que les dossiers d’appel d’offres (DAO) y relatifs, préparés par les soins des maîtres d’ouvrage et maîtres d’ouvrage délégués, en relation avec les services compétents du ministère des Travaux publics, doivent indiquer entre autres les spécifications techniques des matériaux locaux à utiliser dans ces constructions.

Cinq ans après la signature de cette circulaire d’une actualité brûlante en raison de la tendance haussière des coûts des matériaux de construction importés, le bilan de sa mise en œuvre est pour le moins négatif, alors même que les pouvoirs publics ont formé des contrôleurs dans tous les départements du pays pour pouvoir suivre la réalisation des projets avec des matériaux locaux. Qu’est-ce qui fait problème ? Pourquoi les maîtres d’ouvrage et maîtres d’ouvrage délégués chargés d’attribuer les marchés publics n’incluent-ils pas dans les DAO l’utilisation des matériaux locaux par les adjudicataires ? Les capacités de production actuelles de ces matériaux peuvent-elles satisfaire la forte demande observée chez les particuliers ? Y a-t-il une main d’œuvre bien formée pour construire en matériaux locaux ? Quelles sont les nouvelles perspectives ouvertes par l’inauguration, le 28 avril dernier à Nkolbisson, Yaoundé, d’une usine semi-industrielle de production des briques cuites capable de mettre sur le marché jusqu’à 5 millions de briques par an ?

Rousseau-Joël FOUTE


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