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« La jeunesse camerounaise a encore beaucoup à entreprendre »

Publiée le mardi 24 juillet 2012


Edouard Thierry Fegue, Coordonnateur du Réseau des Organisations de Jeunesse pour l’Action Citoyenne(ROJAC) relance le débat sur l’échec du Conseil National de la Jeunesse du Cameroun.

 

Vous venez de mettre sur pied le Réseau des Organisations de Jeunesse pour l’Action Citoyenne (ROJAC) suite à l’échec du Conseil National de la Jeunesse. Quels ont été vos motivations ?

Je vous remercie de l’opportunité que vous nous offrez de présenter à la jeunesse et aux acteurs notre vision d’une jeunesse proactive et citoyenne. Je tiens d’abord à préciser que le ROJAC ne vient pas se substituer au Conseil National de la Jeunesse du Cameroun (CNJC). Au contraire le ROJAC en tant que réseau est un partenaire privilégié du CNJC, voire un catalyseur pour sa refondation et sa dynamisation. Ce n’est pas à nous de dire s’il y a échec ou pas du CNJC, encore que quand on parle d’échec, nous avons toujours qualifié cet échec par « actuel ». Mais les gens ne prêtent pas attention à ce qualificatif. Les choses sont claires, si on s’en tient à l’opinion et aux résultats du CNJC, tout observateur averti vous dira que quelque chose ne va pas.

Entre autres choses qui semblent ne pas aller, il y a la forte prédominance du Gouvernement dans les fondations et la gestion du CNJC. C’est contradictoire parce que le CNJC se veut une institution indépendante et membre de la société civile. Il y a d’autres couacs et nous sommes actuellement en train de préparer une proposition forte à l’endroit du gouvernement pour permettre à cette noble institution de jouer pleinement son rôle. Mais vous savez c’est un processus qui prendra du temps, en attendant, nous nous organisons autour des regroupements comme le ROJAC pour répondre aux attentes urgentes de la jeunesse en terme de représentation, de présentation et de défense de leurs véritables aspirations. Je souhaite vous le dire : la jeunesse camerounaise a beaucoup à dire, beaucoup à proposer, beaucoup à entreprendre, mais il existe encore des obstacles complexes, mais contournables et surmontables, si et seulement si les politiques nous écoutent et prennent en compte ce que nous avons à défendre.

 

Aviez-vous au préalable opérer à un diagnostic organisationnel du Conseil National de la Jeunesse ?

Tous les jours, même dans notre subconscient nous diagnostiquons le CNJC. Même vous, vous le diagnostiquer rien qu’à l’idée d’avoir initié cette interview. En dehors des études de fin de formation académiques menées par certains étudiants, et dont les résultats ne nous sont pas encore parvenus, il n’existe pas à ce jour un véritable diagnostic fiable et indépendant sur le CNJC. C’est une action que le ROJAC a inséré dans ses prochaines interventions. Mais déjà, nous sommes jeunes, certains sont membres du CNJC, nous sommes des leaders de la société civile, et par conséquent nous savons ce qui se passe au sein du CNJC, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Le problème c’est que dès que quelqu’un ose soulever le débat, certains acteurs peu ouverts au débat trouvent des motifs de briser l’élan. Rassurez-vous, le ROJAC maintiendra le débat sur toutes les questions touchant la jeunesse et le développement de notre pays. L’époque de la pensée unique et du silence est révolue.

 

Qu’est ce que ce nouveau Réseau va apporter de plus par rapport au Conseil National de la Jeunesse ?

Nous allons aider le Conseil National de la Jeunesse à se réveiller. Nous allons poser les vrais débats sur les problématiques de développement et participation citoyenne. Nous allons redonner à la jeunesse le goût de participer, pas seulement d’aller dans les bars, les fêtes et les stades. Nous allons amener les jeunes à comprendre que, s’ils veulent que l’avenir soit meilleur pour eux et leurs enfants, la petite activité (gagne-pain) qu’ils mènent ne suffit pas, il faut de toute urgence et de façon massive s’investir dans le champ politique, en questionnant les programmes et politiques de ceux qui nous gouvernent que ce soit au niveau des communes, des régions, du gouvernement. Nous allons amener toutes les compétences et expertises à se mobiliser pour atteindre ces lourdes missions. Les organisations de jeunesse de la société civile joueront véritablement leur rôle sur la scène publique nationale et internationale.

 

Quel est votre avis par rapport à l’engagement des acteurs qui interviennent en ce moment au sein du Conseil National de la Jeunesse ?

Ceux qui devaient impulser le dynamisme ont démontré leur incompétence et souvent par leurs ambitions en déphasage total avec ce que les jeunes attendaient d’eux. Certains, bien intentionnés sont limités par des paramètres politiques et économiques avec lesquels ils veulent ou ils doivent composer. D’autres ont pensé que le CNJC serait un « ministère de la jeunesse » bis avec des milliards qu’il fallait gérer et consommer. Quand vous ajoutez à cela la faible volonté politique de faire du CNJC une force incontournable de représentation de la jeunesse. On ne peut assister qu’à ce que nous vivons aujourd’hui.

 

En quoi ledit Conseil National de la Jeunesse n’a pas joué son rôle au sein de la politique gouvernementale actuelle ?

Le CNJC est victime de sa polygamie. Il est époux du gouvernement et de la société civile. Non il faut s’aligner d’un seul côté et le rôle du CNJC sera plus claire et facile à exécuter. Je ne dis pas qu’appartenir à un côté soit mauvais, quel que soit le côté d’ailleurs. Il y a des avantages et des inconvénients pour l’un ou l’autre. Il appartient aux jeunes eux-mêmes de décider. Mais je milite personnellement pour une indépendance totale vis-à-vis des pouvoirs publics, comme c’est le cas pour toutes les organisations de la société civile. C’est après avoir clarifier cet aspect que les idées et les rôles commenceront être à clairs pour tous. Aujourd’hui les responsables du CNJC pensent connaître le rôle du CNJC mais en fait ils ne le connaissent pas.

 

Quels ont été les mécanismes de mise en place du ROJAC ? Tous les réseaux de jeunes, organisations du pays sont-ils concernés ?

La mise en place du ROJAC est en cours. Tous ceux que vous citez doivent être impliqués et le travail a commencé. Depuis que l’idée a été rendue publique, il y a un engouement général et légitime des jeunes et des organisations de jeunesse à accompagner l’initiative. Mais nous savons que certains ne souhaitent pas que la jeunesse s’organise, même au sein de la société civile, pour des intérêts parfois égoïstes. L’action est pertinente, voulue par la jeunesse mais nous faisons encore avec les moyens de la jeunesse. Mais la jeunesse a-t-elle vraiment les moyens au Cameroun ? J’invite chaque acteur à répondre à cette question.

 

Comment entendez-vous relever les défis que le Conseil National de la Jeunesse n’a pas pu mettre en œuvre ?

Comment ? C’est la question la plus difficile de cette interview. Les jeunes vont s’asseoir pour y réfléchir dans l’ensemble du pays, avec les appuis de certains aînés qui pensent qu’il est possible que la jeunesse se mobilise pour jouer son rôle en tant qu’acteur le plus important sur le plan démographique mais le plus lésé sur les plans économique, social et politique. Les jeunes vont eux-mêmes donner des réponses à cette question. L’un des défis à relever consiste notamment à dynamiser le CNJC.

 

Quels sont les perspectives du ROJAC ?

Vous allez le découvrir dans un futur très proche. Mais je puis déjà vous dire qu’elles englobent les domaines politique (ex : gouvernance, politiques publiques), économique (ex : création d’emplois), expression active de la citoyenneté (ex : inscription sur les listes électorales), social (ex : accès des jeunes à la santé), culturel, éducation (ex : système de formation), etc.

Propos recueillis par Eric O. LEMBEMBE


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